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THE ATAYAL IN TAOSHAN


La directrice de l'école nous avait de suite expliquée son attente : elle souhaitait que les interventions pédagogique puissent déboucher sur une réalisation, si possible sous une forme matérielle. Rapidement et naturellement, la forme finale envisagée était celle d'un CD audio, contenant la documentation du processus de travail : enregistrement de sons naturels effectuées par mes soins, de chants et de musiques interprétées par des villageois, des histoires racontées en Mandarin et en Atayal, des récits ou moments partagés, et bien sûr les activités menées avec les enfants :  jeux, moments de création collective, improvisations musicales et vocales, ambiances sonores de l'école.

Le CD se devait d'être un à la fois un moteur et un outil. Un moteur pour le projet, car il fallait le constituer, l'assembler, l'équilibrer. Un outil aussi, modeste et non-exhaustif, pour la transmission de notre expérience, un outil d'apprentissage ou plutôt de familiarisation avec quelques éléments épars de la traditional Atayal. Quelque chose destiné à la fois aux enfants et aux habitants de Taoshan, mais aussi à tous les étrangers (Han et autres comme moi) qui voudraient savoir ce que l'on peut entendre à Taoshan.
Ce CD devait aussi compléter le précédent. En effet, l'école avec en 2006 collaboré avec une violoncelliste classique et un preneur de son pour une collection de chansons interprété par la chorale d'enfants et quelques adultes.
"Notre" CD, celui de 2010, devait présenter la vie musicale de l'école sous son aspect plus traditionel et en lien avec l'environnement naturel et culturel des villages de Taoshan.

En plus du contenu du CD, il nous a semblé essentiel que les enfants prennent en charge une partie de l'aspect visuel de la publication. Ainsi, nous avons ajouté à notre projet des éléments d'art plastique. Nous détaillerons plus loin le contenu de ces cours.

Remarque : nous ne décrirons pas systématiquement le contenu du CD, ce serait trop ennuyeux. Si vous voulez vraiment savoir ce qui est dedans, écoutez-le. (contact à la fin de l'article)

(note 2)
La poésie sonore est apparu en tant que mouvement au XXe siècle sous l'influence des Dadaistes. Le poète sonore ne s'intéresse que peu à la signification des mots, il prononce des sons, il joue avec sa voix non-chantée en construisant des textes abscons, des fragments de langue imaginaire ou des sonorités plus animales que littéraires. Cf. Kurt Schwitters, Hugo Ball, Raoul Hausman ou Henri Chopin.



Idéologie musicale
 
En tant qu'artistes nous sommes navrés du peu d'imaginaire musical de cette décennie. Les cinquantes dernières années nous ont nourries de musiques toutes différentes : l'apparition des instruments électriques, électronique et informatique (désormais les ordinateurs portables cotoient sur scènes les synthétiseurs et instruments acoustiques), les technologies d'enregistrements poussées en avant par des groupes populaires que les Beatles ou les Pink Floyd, l'extension des possibilités même de la musique par l'avant-garde (de John Cage à Karlheinz Stockhausen), la réinvention du rythme par les différentes périodes du Jazz, la liste est quasi-infinie. Le XXeme siècle nous a appris à reconsidérer le statut de la musique. La musique n'est pas uniquement ce qui se passe devant un piano ou dans un karaoké. La musique c'est aussi les bruits de l'industrie et de la ville (ce que nous ont enseigné les Futuristes italiens) ou bien le chant d'un oiseau (penser à Olivier Messiaen) ou bien même le son d'un instrument dénaturé, suramplifié et maltraité (la guitare de Jimi Hendrix par exemple).

Pourtant ce qui est écouté encore et encore, ce sont des chansons qui imitent le style émotionel et dégoulinant de la musique de variété anglo-américaine ou japonaise-coréenne. Des chansons de supermarché qui prétendent parlent d'amour, produites par des services de marketing et interprétées par des stars dont la carrière ne durent que le temps de quelques réussites commerciales. Est-ce que le public aime vraiment cela, ou bien est-ce qu'il y a là un problème d'accès et de sensibilisation à la culture et l'art ?

À Taiwan, les guitares folk et autres percussions africaines sont désormais ancrés dans la tradition musicale aborigène, il faut donc faire avec. Mais ne pourrait-on pas résister aux voix suaves calquées sur celle de Mariah Carey, aux harmonies de la musique occidentale, aux arrangements douteux et à la production de studio caricaturale ? Pourrait-on éviter que la musique aborigène ne soit diluée jusqu'à ce quelle devienne l'un des sous-genres de la musique de variété taiwanaise ?

Les enfants de Taoshan ont un univers sonore et musical à portée d'oreille qu'il leur faut redécouvrir et réinventer, il leur faut réapprendre à jouer, follement ou avec délicatesse, avant qu'il ne soit trop tard, avant que le formatage de l'éducation et du commerce ne soit définitif.
Il nous faut réécouter les musiques aborigènes en oubliant la musique occidentale : découvrir le chant lent et narratif d'un Ancien qui chante-raconte la vie d'autrefois, sans se soucier d'un accompagnement musical, en prêtant une grande attention au timbre de sa voix, à son élocution. Ce respect n'est pas dû à l'âge de l'interprète, on le ressent de manière presque instinctive lorsque l'on a appris à écouter toutes sortes de voix.
Il nous faut réécouter les rythmes de la guimbarde en pensant à la fascination exercées par les boites à rythmes électroniques : la techno a exacerbé la transe dans la musique. On retrouve dans la guimbarde un jeu sur les harmoniques qui semblent tout droit sorti d'un synthétiseur.
Il faut écouter les structures complexes des chœurs de cigales : les superpositions de sons, les motifs rythmiques qui s'en dégagent sont bien plus intéressantes que les formes musicales habituelles couplet/refrain.

Pour résumer, nous pensons qu'il faudrait :
- Apprécier une tradition musicale pour ce qu'elle est (sa spécificité) et non pas pour ce qu'elle représente (le stéréotype).
- Renouveler l'imaginaire et la curiosité pour les musiques, toutes sortes de musiques.

Voilà donc ce qui constituait nos intentions grandioses et romantiques...



 
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