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THE ATAYAL IN TAOSHAN

L'école

Taoshan est une zone située non-loin de Wufeng, et qui abrite une grande quantité de villages aborigènes ("buluo" en chinois) Atayal et Saysiat. Taoshan est en fait une construction administrative Han, et ne correspond pas à la division geographique des Atayals. L'école rassemble donc des enfants des villages aux alentours. Elle est situé à Qing-Shuan, près d'une source naturelle d'eau chaude, dans un vallon à proximité d'une rivière.
Comme on pourrait l'imaginer, l'école est idyllique : végétation, brume montagneuse, jeux des enfants, chants des cigales. On y entend comme partout ailleurs les insanités des hommes politiques qui souhaitent ramasser des électeurs aborigènes avec leur camionettes-propagande, et la mélodie électrique de Ludwig Van Beethoven diffusée par le camion-poubelle. Bon.

Après une rencontre avec la directrice et l'enseignant qui sera la personne-clef de ce projet, nous décidons la chose suivante : les interventions seront divisées en deux parties. Une séance d'écoute de musiques diverses voire "surprenantes", accompagnées de discussions sur ce que c'est que la musique, ce que sont les sons qui nous entourent, et puis des jeux-exercices. C'était plutôt une préparation, car le projet avait commencé avec un retard assez vertigineux. Donc l'unique mois de travail de l'année 2009 a été consacré à la découverte du free jazz de John Coltrane, des chants d'oiseaux joués au ralentis (afin d'entendre les détails cachés), des polyphonies raffinées des Pygmées Aka, des orchestres de Gamelan indonésien et autres délices sonores.

De suite, apparaissent quelques-uns des aspects de la vie dans les montagnes : les adolescents écoutent "Sorry, Sorry" (l'insupportable rengaine venue de Corée du Sud), du Hip-Hop Taiwanais (bien entendu les enfants ignorent tout de l'origine afro-américaine du Rap), et lorsqu'ils entendent le chant émouvant d'une femme de Papouasie Nouvelle-Guinée, ils l'appelle "musique de Grand-mère". Les enfants semblent partagés entre une tradition qu'il ne peuvent qu'effleurer (la plupart ne comprennent pas la langue Atayal) et qui leur est présenté comme leur propriété collective et une vision de la musique qui est imposée (c'est-à-dire applatie) par l'industrie de la musique de variété et l'éducation nationale. Ce qui est "beau" ressemble à la musique classique occidentale, ce qui est "plaisant" ressemble à la musique de variété, la musique Atayal étant plutôt une histoire de famille ou un marqueur ethnique...

Les quelques séances préliminaires s'achèvent donc sur une impression d'avoir débroussaillé un terrain en friche, et l'on découvre un champ plein de rochers. Il faudra faire avec, planter autour de ce qui est bien trop lourd pour être déplacé...


   
Le début de l'année 2010

Passé quelques démarches administratives indispensables et passionantes, on reprend le contact. Il faut redémarrer, réchauffer, s'ébrouer. Et l'on détermine quelques pistes de travail :

1. La langue Atayal

Il y a une classe de langue dite "maternelle" dans l'école. Langue austronésienne, le Atayal est totalement indépendant en terme de structure et de sonorité du Mandarin. Ayant introduit les enfants la poésie sonore (note 2) avec la célèbre "Ursonate" de Kurt Schwitters interprétée par Jaap Blonk, ainsi que les jeux vocaux des Inuits du Nord du Canada (une forme ludique de performance vocale), on prévoyait des séances de prononciation et de constructions de jeux phonétiques, avec idéalement la réalisation de partitions graphiques. L'idée était aussi d'associer une dimension narrative à l'aspect purement sonore : collecte et réinterprétation d'histoires et de mythes.

2. La guimbarde

Les Atayals et groupes apparentés possèdent une tradition instrumentale très intéressante. La guimbarde Atayal est unique au monde : composite, de laiton et de bamboo, on la joue en tirant sur une ficelle et elle possède plusieurs lames accordées. Petite recherche ethnomusicologique, ateliers de fabrication de cet instrument, séances d'enregistrement étaient au programme.

3. Les chants animaux
Savez-vous reconnaitre le chant d'une rainette de Moltrecht ? Combien de sortes de cigales pouvez-vous entendre en plein été ? Les chants animaux sont d'une importance majeure pour se reconnecter à l'environnement naturel. Puisque les enfants des montagnes ont de nombreuses occasions d'écouter les sons du vivant, nous imaginions jouer avec eux en imitant ces chants. Composer une œuvre chorale basée non sur des mélodies et harmonies, mais sur des cris stridents, des craquètements et des coâssements et en s'inspirant des structures complexes crées par les sons des animaux. Utiliser des objets naturels trouvés dans les alentours (feuilles mortes, cailloux, morceaux de bois, graines, etc) qui nous auraient aidé à accompagner les bruits de bouche.

4. Les xylophones

La classe de musique traditionelle Atayal est essentiellement basée sur l'apprentissage d'instruments de percussion en bambous (évidés et heurtés avec une sorte de spatule) et en bois (xylophone à quatre lames, tambour de bois constitué du corps principal du métier à tisser). Habituellement, les enfants martèlent avec énergie une mélodie à l'unisson ou en contrepoint. Nous espérions détourner un tant soit peu l'usage de ces instruments, et imiter les nuages ou les feuilles dans le vent... En tout cas, essayer de renouveler les modes de jeux de ces instruments. S'inspirer des musiques minimalistes américaines, des percussions polyrythmiques que l'on trouve dans certaines traditions africaines, s'inspirer aussi de l'improvisation instrumentale des musiques contemporaines et expérimentales.

Ces quatres "objets" de recherche et de pratique étaient des prétextes pour inciter les enfants à changer leurs habitudes d'apprentissage de la musique et du son, bousculer un peu leurs repères en ce qui concerne l'utilisation de la voix parlée et chantée, s'étonner des possibilités offertes par des instruments dont la facture est d'une apparence simple, comme une guimbarde ou un xylophone.

Nous avions prévu un nombre d'interventions pour chacune des pistes de travail en espérant inclure des séances avec des adultes et adolescents des environs, en particulier pour le travail sur la guimbarde (nous pensions bien que la fabrication était hors de portée pour les écoliers) et la narration. Ce travail devait être l'occasion de croiser les pratiques traditionelles, de croiser les publics (par exemple enregistrer une chanson auprès d'un ancien puis la rejouer avec les enfants). Il s'agissait pour nous d'envisager les formes artistiques traditionelles Atayal sur le même plan que les pratiques artistiques les plus expérimentales et non comme un domaine "historique" voire "archéologique".



 
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